Le diable dans une peau de chien

Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

3.La peur de Madalen

Après la jeune Fanette, tombée sous les pattes griffues du chien noir, le pêcheur englouti dans cette gueule de Diable, toute la Bretagne est en émoi. Mais voilà que le chien noir continue à faire parler de lui.

Rien ne servait de sortir encapuchonné, emmitouflé dans une grande écharpe de laine qui vous masquait la bouche, au point de ne plus pouvoir respirer ! Car… on ne respirait plus ! On avait peine à déambuler dans les rues de Quimper après cinq heures de l’après-midi, quand la nuit tombait, maussade, trop noire, trop glaciale. Allait-on croiser le chien noir et se trouver nez à nez avec le monstre, en plein cœur de la ville, tandis qu’à ce moment-là, comme par hasard, il n’y avait pas âme qui vive ?

La galette du Père Leclerch’

Madalen s’engouffrait dans le dédale des ruelles. Il fallait à tout prix qu’elle apporte la galette de sarrasin farcie d’herbes cuites au Père Leclerch’. Tout édenté depuis qu’il avait été attaqué par des pirates, il ne se nourrissait que d’aliments faciles à mâcher, et les herbes bouillies à l’intérieur de la galette, herbe aux mille trous et queue–de-loup, lui assuraient un sommeil de plomb. C’était le meilleur remède pour qu’il mette fin à ses tourments et à ses douleurs.

Madalen s’affolait dans la ville, trébuchant parfois sur sa longue robe en tissu épais et lourd. Elle devait arriver chez le vieil homme avant que tout ici ne s’enlise dans une sorte de substance inerte, que connaissent toutes les villes dédaignées par leurs habitants dès que le soir pointe son bout d’angoisse. Une sorte de grand drap se pose et s’étale et se déplie et s’étire d’un toit à l’autre et tout s’endort. Madalen ne se sentait plus la force de courir. Ah quoi bon ?

Entre terre et feu

Tout était devenu désert. Le vent soufflait si fort que les lampadaires se pliaient et se tortillaient comme des serpents sortis de l’Enfer, et se brisaient dans des bruits de verre et de métal dézingué. Aurait-on eu le réflexe de se couvrir les oreilles avec sa longue écharpe pour ne rien entendre ? On n’en aurait pas été apaisé pour autant. Extinction des feux !

On se sentait flotter dans une atmosphère d’entre deux mondes, entre terre et feu, entre mer et volcans, habité par une impuissance incontrôlable. Qu’allait-il se passer ? Mais ce n’était pas la nuit épaisse et glauque, qui allait nous effrayer. Miraculeusement un clair de lune se donnait en spectacle, et là, apparaissait, dévorante, rugissante, la tête du chien noir qui hantait les nuits de tous les habitants de Quimper.

On avait envie d’être bien à l’abri devant la cheminée à écouter Maël le vieux bûcheron racontant pour la millième fois à ses petits-enfants Le Chien qui aboie au clair de lune. Le récit faisait peur, mais on pouvait se raccrocher à l’idée qu’il s’agissait d’une histoire, sortie de l’imaginaire et répétée de génération en génération sur les terres bretonnes. Mais cette fois, c’était vrai.

Le héros maléfique

Avec ses grandes oreilles pointues, sa mâchoire carrée, sa tête et son corps ronds, il agissait comme le héros maléfique de cette histoire. C’était terrible. Le chien était si fort, si puissant que l’on ne pouvait se mesurer à lui. Il poussait les gens, les devançait, les poursuivait, leur tournait autour, les encerclait, les mordait, mais comment s’en défaire ? On retrouvait les corps dans la tourbière.

Le Père Leclerch’ attendit longuement Madalen et crut parfois entendre sa voix claire qui lui semblait si douce, mais avec le vent assourdissant qui étouffait tous les sons, il se demandait s’il se trompait. Madalen n’avait pu parvenir jusqu’à sa maison. Le lendemain toute la ville accusa le chien noir.

Mais c’est sur le pont du Morbihan que quelques jours plus tard, on eut affaire au plus violent des chiens noirs.

A suivre

Brigitte Bulard Cordeau

Le dicton de la semaine

« L’amour ne sait rien du passé, ni du futur, il est sans cesse nouveau ».

Jiddu Krishnamurti

Philosophe indien -1895-1986.

In Une idée positive par jour, Chêne

 
bois
Copyright Hachette Livre / Editions du Chêne 2009 - Toute reproduction des textes ou images de ce blog, même partielles, sans autorisation, est strictement interdite